Instructions : l’enlèvement extraterrestre

Il est près de minuit lorsque l’on sonne à ta porte. Sur le porche, tu découvres un être à la peau noir-violet, reluisant tel du latex humide à la lumière des lucioles. Le corps de ton visiteur s’apparente à un blob, masse informe marquée de gros plis semblables à des dégoulinades, comme une énorme prune en décomposition. Ses dix tentacules hérissés d’aiguilles, elles-mêmes munies de tentacules miniatures terminés par des dards dentés, ondulent, semble-t-il, en stop motion. Une manière de vagin, duquel émanent une faible lueur blanche et une fumée chaude et fétide, s’étend de l’endroit où aurait dû se trouver un visage jusqu’à une espèce de pubis pyramidal sous lequel palpite et bave une vulve en bonne et due forme.

Contrairement à ce que tu crois, il ne s’agit pas de ta nouvelle voisine venue t’emprunter du sucre : tu as affaire à un extraterrestre. L’apparence quasi prototypique de ce monstre venu d’ailleurs aurait réellement dû te mettre la puce à l’oreille. De plus, à eux seuls, les incompréhensibles borborygmes à l’aide desquels la créature t’a demandé « une tasse de seucre » auraient dû suffire à instiller le doute en toi. Tu es un imbécile. Mais nous ne sommes pas ici pour te juger, mais bien pour t’aider à affronter la situation périlleuse dans laquelle tu t’es fourré, car pendant que nous pointions du doigt ton crétinisme exemplaire, l’extraterrestre t’a embarqué dans son vaisseau spatial et vous êtes actuellement à des années-lumière de la terre.

Voici quelques trucs et astuces éprouvés afin de regagner ta planète sain et sauf, ou du moins d’échapper aux inimaginables sévices corporels et psychologiques qui t’attendent :

  • Dérobe le lasergun de l’extraterrestre et désintègre ce dernier. Si d’autres créatures se trouvent à bord du vaisseau, extermine-les à leur tour. Il ne te reste qu’à apprendre le fonctionnement de l’astronef pour le conduire jusque chez toi.
  • Malgré tes nombreuses tentatives, tu n’as même pas réussi à trouver le volant ? Les manuels sibyllins et indécodables, trouvés dans une sorte de coffre à gants, ne te renseignent aucunement sur la façon de piloter le vaisseau ? Tant pis. Rien ne te sert de dériver dans le cosmos éternellement ; pointe le pistolet laser sur ta tempe et brûle-toi le cerveau.
  • S’il t’apparaît d’emblée que tu ne seras jamais capable de gouverner un astronef conçu par une civilisation supérieure, utilise dès le départ le pistolet laser contre ta personne. Il n’y a aucune raison pour que tout le monde meure. Assure-toi seulement que l’arme est réglée afin de te dématérialiser complètement, de sorte que les aliens ne puissent abuser de ta dépouille d’aucune manière.
  • À supposer que les E.T. à grand vagin disposent d’une technologie à même de te reconstituer, ou s’ils ne sont pas équipés de pistolets désintégrateurs, tes chances de leur échapper diminuent considérablement. La solution à un enlèvement extraterrestre se trouve généralement dans la violence et la mort.
  • Tu ne perds rien à essayer d’engager la conversation avec tes ravisseurs, à tenter de leur faire entendre raison, mais cette tactique ne fonctionne jamais.
  • Chante à tue-tête en te pinçant les joues, hurle en tapant du pied, agite tes doigts frénétiquement en riant, roule-toi par terre, arrache-toi des poignées de cheveux et enfonce-les dans ta gorge afin de te faire vomir, chie sur le sol et engueule ton étron en pleurant, etc. Si les extraterrestres te croient fou – ou défectueux, selon leur point de vue –, il est probable qu’ils te ramènent sur terre afin de t’échanger contre un sujet valide. Malheureusement, il est possible que ta ruse ne fasse qu’attiser leur intérêt, ce qui risque d’accélérer le processus menant aux tests sur ta personne.
  • À ce stade-ci, il n’y a plus rien à faire. Ta seule option est de profiter du voyage. Qu’importe si tous tes orifices sont violés par des tentacules, s’ils sont profanés par l’insertion brutale d’appareils mystérieux sertis de voyants lumineux ? Vivisection, insémination naturelle et artificielle, contrôle de la pensée, diverses expériences dignes des camps de la mort ? C’est un bien petit prix à payer pour explorer l’univers…
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Mr. Vain, mon prof de gym

Disposées tout croche sur le plancher – mais avec un soin que l’on devine maniaque, pareil à la minutie scrupuleuse en dépit de laquelle les arriérés mentaux moffent tous leurs coloriages –, des fusées éclairantes nous guident, les autres élèves et moi, vers le centre du gymnase sombre. Nous nous sommes souvent questionnés par rapport à l’utilité de ces fusées. Sans doute font-elles tout simplement partie du rituel. Nous nous assoyons par terre, en silence, et attendons, nerveux, que le cours débute.

Peu après notre arrivée, le professeur vient fermer en catimini la double porte coupe-feu par laquelle nous sommes entrés. Il croit passer inaperçu, mais tout le monde le voit. Sa longue ombre toute en griffes se jette sur nous lorsque sa silhouette paraît dans l’embrasure, découpée en noir dans la lumière grise provenant du corridor des vestiaires – lumière rendant au demeurant totalement inutile le jeu de fusées qui, ironiquement, s’éteint au moment où les portes se closent pour nous plonger dans l’obscurité.

Nous patientons.

Des haut-parleurs toussent soudain un peu de larsen, grésillent légèrement. Culture Beat entonne à plein régime son succès « Mr. Vain ». Vingt-sept secondes instrumentales ; les néons du plafond s’allument par degrés ; yeah-eah-eah ; call him Mr. Raider, call him Mr. Wrong, call him Mr. Vain… Sur le premier mot, l’instructeur défonce d’un coup de pied la double porte et dans la même enjambée pénètre dans le gymnase. Il avance d’un pas énergique avec un roulement d’épaules qui se mue en un battement de bras, et il fait mine sans interrompre ses mouvements de béqueter la panse crevée d’une proie. Call him insane. Le professeur s’arrête net et fait le signe peace en attendant le refrain,  puis tout en marchant boxe dans le vide, sautille, danse, se gonfle les muscles comme un haltérophile, envoie des saluts militaires insistants à un public invisible.

Tout le long de ce pénible défilé, mes camarades et moi nous tenons cois. Le professeur lance à tous les vents des articles promotionnels à son effigie (décapsuleurs, stylos, bandanas, porte-clés). Certaines babioles nous atteignent à la figure, mais nous ne protestons pas : nous estimons judicieux de ne pas contrarier cet homme qui, quelques instants plus tôt, se prenait pour une espèce d’aigle.

Pour souligner la fin de la chanson, l’instructeur s’immobilise à quelques mètres de nous dans une pose énigmatique et déroutante : les bras tendus devant lui, les doigts crochus, comme s’il jetait un sort. Des tremblements agitent tout son corps ; les traits de son visage ondulent de tics ; une rage exponentielle imbibe son regard bovin et son sourire figé. Il murmure, grommelle, prononce, crache, dégueule des jurons. Un léger accroc dans sa chorégraphie l’a empêché de se trouver directement devant nous à la fin du morceau et il est très mécontent.

— Vous vous êtes déplacés… pour me nuire…

Un frisson parcourt le groupe tandis que le professeur s’approche de nous.

— Pour me nuire, mes câlisses !

Mon camarade de gauche a le souffle coupé et pleure un peu, tandis que celui de droite hyperventile en retenant ses larmes. Je crois entendre quelqu’un uriner. Tous tressaillent de peur. Bande d’hypocrites… Ils n’ont rien à craindre, eux.

Le professeur se plante devant ses élèves. Ses yeux ne clignent pas ; cet homme nous enseigne l’éducation physique depuis plus de quatre ans et jamais nous ne l’avons vu battre des paupières. Un sourire mielleux – néanmoins inquiétant et carnassier – s’étire sur sa figure. Il ne pense déjà plus à sa chorégraphie ratée.

— Bonjour à tous.

Il s’agenouille devant la première rangée d’élèves à qui il crie : « Hein ? HEIN ? » en brandissant le poing ou en contractant ses biceps. Il se relève en reniflant.

— Je suis votre professeur d’éducation physique, rajoute-t-il d’un ton autoritaire.

Il opine du menton d’un air satisfait. Sans plus de cérémonie, il enlève ses shorts et les jette violemment sur le sol. Puis il me regarde. J’ai la nausée.

— Lève-toé.

Je n’ai pas envie de me lever… Pas encore, j’en ai assez… Le professeur me pointe du doigt en hululant, en piaffant. Je sais que sa patience a des limites. Je lui ai tenu tête une fois : il m’a enfourché le visage et m’a pété au nez sans discontinuer pendant près d’une heure.

— Lève-toé, répète-t-il.

J’obéis mollement, je me traîne, presque sans vie, jusqu’à ses côtés. Les autres élèves nous observent silencieusement, les yeux ronds, anticipant le spectacle.

— Lève-toé, ostie ! rugit le professeur en fixant ma place vide.

Une minute passe, puis il pivote pour me faire face.

— Bon, le v’là, lui. Mon petit tannant !

Il me serre tendrement dans ses bras, mais son visage exprime la haine la plus pure. Il relâche son étreinte, me repousse sans violence. Ses yeux vides s’embuent. Les sanglots secouent ses épaules musclées. Pleurant à chaudes larmes, regardant vers le haut d’un air suppliant, l’instituteur continue de se dévêtir. J’enlève aussi mes vêtements. Bientôt, nous ne portons plus que nos sous-vêtements ; avant l’intervention de la direction, nous les retirions également.

Le professeur enfile mes vêtements, j’enfile les siens. Son t-shirt trempé de sueur me colle à la peau. À l’étroit dans mes fripes, l’instituteur se meut malaisément. Il s’agenouille tant bien que mal. À travers ses pleurs et ses hoquets, il me dit qu’il n’a rien fait, m’assure qu’il n’a rien volé, qu’il n’a tué personne, qu’il n’est impliqué dans aucun complot. Je soupire et prends mon courage à deux mains : je dois jouer mon rôle.

— Tu mens ! Tu mens, minable !

Je m’exprime d’une voix aussi grave que possible. Je frappe l’étrange homme au visage, au ventre. Il ne cherche aucunement à parer mes attaques.

— J’ai mal ! Arrêtez, arrêtez !

Je le roue de coups de pied et de coups de poing, je le traite de menteur, je l’insulte, je l’engueule, mes bras et mes jambes s’engourdissent à force de le frapper, ma gorge s’assèche de tant crier.  Cela dure près de vingt minutes. Puis c’est terminé. Nous nous déshabillons à nouveau, chacun retrouve ses vêtements. Mon t-shirt est mouillé de ses larmes, de sa morve et de son sang, mes shorts de son urine. Je suis exténué. Les autres élèves me suivent des yeux, impuissants, tandis que je regagne ma place parmi eux.

Les yeux à demi fermés par les contusions, le nez et la bouche en sang, le professeur pointe les haut-parleurs en souriant. « Mr. Vain » se met à jouer à l’envers. Le prof de gym ramasse  les petits objets à son image qu’il avait lancés lors de son arrivée.

— C’est à moé, ça ! Mes petits morses du tabarnak, vous vouliez me le voler ! dit-il chaque fois qu’il cueille l’une de ses cochonneries.

Une fois ses poches pleines, le professeur quitte le gymnase en dansant à reculons. Nous lui emboîtons précipitamment le pas ; personne, jusqu’à présent, n’a osé attendre la fin de la musique pour voir ce qui se passait.

Peu m’importe ce qui arrivera à la fin de la chanson. Je veux seulement prendre une douche et endosser des vêtements propres.

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La vie compliquée de Gaétan Trésor, quatrième partie

Aujourd’hui, j’ai rampé. Marcher est beaucoup plus simple. Les bébés sont des idiots.


Je me suis procuré une nouvelle horloge, comme celles annoncées dans les journaux et dont tout le monde raffole. Solides tels des mamelons d’hyène, les heures menacent de casser la grande aiguille. Les minutes sont liquides, gluantes, vert fluo avec des motifs de lunes. Je soupçonne les secondes d’être des gâteaux. Je ne comprends rien. Je ne sais pas quelle heure il est.


Hier soir, alors que je regardais la télévision avec ma tendre épouse (décédée depuis, malheureusement), un cri déchira la nuit. Ennuyé par cette expression surutilisée, mais surtout par le vacarme qu’elle désignait, je levai mon gros cul de d’sus ma chaise, tirai le rideau et observai ce qui se tramait dans la ruelle, trois étages plus bas.

— Que se passe-t-il ? s’enquit ma femme.
— Une jeune femme se fait attaquer par un voyou, lui répondis-je.

Les cris et les appels à l’aide redoublèrent d’intensité.

— Devrions-nous appeler la police ? me demanda ma bien-aimée, inquiète.
— Inutile, la rassurais-je : le malfaiteur est armé d’un couteau, les cris devraient cesser sous peu.

Il y eut en effet un ultime cri, insupportable, puis, enfin, le silence.

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Instructions : l’élève dissipé

Tu es enseignant à l’école primaire. C’est le premier jour de classe. Lors du cours de français, tu proposes à tes élèves de rédiger un court poème à propos de leurs vacances estivales. Après le délai alloué, tes élèves récitent à tour de rôle et à haute voix le fruit de leur labeur. Tout se déroule à merveille jusqu’au tour de quatrième écolier. Ce jeune garçon, dont le visage de cancre te donne envie de le mordre, déclame cette abomination :

Diarrhée de singe con dans ton craquemou
Ma petite tête verte et molle et morte
Dans ton craquemou itou

Toute la classe s’esclaffe ; le petit twit est fier de lui. Afin de prévenir d’autres débordements de ce genre, tu dois sévir rapidement et faire de cette petite crapule un exemple.

Dans un cas comme celui-ci – un appel à la sédition, ni plus ni moins –, il est tout à fait indiqué de noyer le garçonnet dissipé dans un bain d’acide.¹ Si tu ne disposes d’aucune baignoire, des châtiments alternatifs sont à considérer.

Tu peux, par exemple, agripper l’ostie de fafouin par une oreille, lui briser les côtes contre le rebord du tableau, lui trancher la gorge à l’aide d’un vieux cartable et l’étêter d’un coup de pied.

Rien ne t’empêche, si tu préfères, de défenestrer le petit espiègle et d’écraser sa dépouille avec ton Jeep Cherokee.

Tu peux également le frapper en plein visage en lui disant qu’il pue : un classique !

Si le temps te le permet, oublie les méthodes précédentes et suit les étapes de celle-ci :

  • Pratique une incision de l’un de ses pieds à l’autre en passant par le périnée, empoigne-le par le scalp et tire de toute tes forces ;
  • Calfeutre tous les orifices, fissures, déchirures de l’épiderme arraché ;
  • À l’aide d’une seringue surdimensionnée, injecte une dizaine de litres d’eau pétillante dans l’enveloppe de peau ;
  • Lance ta balloune d’eau cauchemardesque sur l’élève assis au centre de la classe, dans le but d’éclabousser le plus d’écoliers possible.

La chair à vif, sanguinolent, hurlant à la mort, le petit comique n’osera plus jamais défier ton autorité. Les autres élèves, terrifiés, traumatisés, se tiendront tranquilles également.


¹ Assure-toi que l’acide utilisé n’est pas trop corrosif, afin que le jeune rebelle meure bel et bien de noyade et non du fait d’avoir été dissout.

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Instructions en rafale pour pimenter ta vie

Voici quelques consignes à suivre impérativement afin de donner un souffle nouveau à ta lamentable vie de marde. Laisse les traces de ta démarche.

  • Exerce-toi à sauter haut, très haut, suffisamment haut pour t’exploser les fémurs en atterrissant ;
  • Confectionne-toi une longue-vue avec des Bescherelle afin de populariser cet incroyable slogan : « Avec Bescherelle, vois plus loin » ;
  • Dompte un alligator afin qu’il réponde au téléphone en disant : « Allogator » ;
  • Tous les jours, porte les mêmes vêtements. Après un certain temps, vêtis-toi d’un habit identique, mais un peu plus petit. Diminue de jour en jour la taille de tes vêtements jusqu’à ce que tu y sois très à l’étroit  : tes proches, stupéfaits, te prendront désormais pour un géant ;
  • Remporte à la nage une course de Nascar ;
  • Décolle précautionneusement ton visage de ton crâne et remplace-le par un boulevard ;
  • Mode débutant : bécote un inconnu immédiatement après avoir dégueulé. Mode expert : embrasse-le en vomissant. Mode insulte : embrasse cette même personne et régurgite ensuite. Combine les trois modes pour des souvenirs qui te lèveront le cœur ;
  • Dérobe la tulipe favorite d’un gendarme et lance-la-lui en plein visage vingt ans plus tard ;
  • Deviens un éminent généticien, crée en laboratoire un reptile dont le dos sera hérissé de pénis en érection, et présente ta création dans le National Geographic comme étant un stégosaure sexuel.
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Instructions: la musaraigne psychédélique

Dès demain, un mitraillage ininterrompu d’orchestral hits t’agacera les tympans de l’intérieur : il s’agira du cri de la légendaire musaraigne psychédélique, qui se sera finalement nichée entre les hémisphères de ton cerveau pour y demeurer indéfiniment. Savants, scientifiques, experts de tout acabit et autres alchimistes prétendent pour la plupart qu’il est impossible de déloger la créature. Certains, moins catégoriques, suggèrent qu’une décharge de chevrotine à bout portant pourrait venir à bout de l’animal. Ces derniers ont tort : la musaraigne psychédélique est invincible et continuerait de crier sans discontinuer dans les décombres de ton crâne fumants. Du reste, il n’est pas recommandé de chercher à congédier la musaraigne psychédélique. Pour tirer avantage de la présence de cet étonnant parasite, il te suffira de suivre les étapes suivantes :

  • Ferme tes yeux ;
  • Bouche ton nez et tes oreilles avec du papier mâché imprégné de lait d’amande ;
  • Tiens fermement entre tes lèvres le goulot d’une longue bouteille métallique au fond de laquelle tu auras déposé un mouchoir imbibé d’essence ;
  • Tapote ton sternum avec la tige d’une quenouille.

Après une dizaine de minutes, la musaraigne psychédélique se coulera hors de ton corps calleux. Elle nagera dans ta tête jusqu’à ce qu’elle te tombe dans la bouche comme une boule de gomme dans la trappe d’une machine à vingt-cinq cennes, s’introduira dans ton œsophage et aboutira dans ta cage thoracique. L’animal se fraiera ensuite un chemin jusqu’à ton cœur et s’y imbriquera naturellement. Inaudible, devenu pulsation, le cri de la musaraigne psychédélique amplifiera les battements de ton cœur (désormais complet) et se répandra dans ton organisme par les voies verglacées de tes veines mauves. Tu l’auras deviné : la mythique musaraigne psychédélique n’est autre que ton ventricule droit.

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Instructions… quatrième partie

En moyenne, à l’échelle mondiale, une femme peut s’attendre à mourir à soixante-treize ans; un homme, à soixante-huit ans. La peine d’emprisonnement d’un meurtrier, dans une société évoluée telle que la nôtre, équivaut au temps que le tueur a dérobé à sa victime. Par exemple, si tu pulvérises le cerveau d’un homme de trente ans, tu passeras trente-huit ans derrière les barreaux. À l’inverse, si tu concrétises ton projet de découper à la scie une douairière de quatre-vingt-dix-sept ans, la justice te fera grâce de vingt-quatre années sur ta prochaine sanction. Il est donc tout naturel d’assister à une véritable hécatombe de vieillards et de crève-la-faim du tiers-monde ; participe au massacre, muni d’une arbalète ou d’un fusil à pompe, et tu pourras, par la suite, supprimer impunément de jeunes adolescents.


Tu as eu à fréquenter un établissement scolaire sur une base régulière – contre ton gré, cela va de soi. De ton premier jour de classe à ton dernier, les enseignants comme les élèves t’ont infligé des supplices aussi variés qu’insoutenables. En voici une liste non exhaustive :

  • Tes camarades de classe t’ont obligé à embrasser sur la bouche les coyotes vivant dans le système de ventilation ;
  • Ton professeur de catéchèse t’a enfermé dans un cercueil de plomb, où tu as dû, pendant huit mois, dormir tête-bêche avec un androïde dont les traits représentaient fidèlement ta physionomie d’adulte ;
  • Après avoir été battu à coups de cabaret par le concierge, tu as été retrouvé à demi mort sous une table de la cafétéria ;
  • Un groupe d’enseignants s’amusaient pendant des heures à te péter au visage à tout de rôle, sans prononcer le moindre mot ;
  • Sans raison apparente, tu étais régulièrement convoqué au bureau du directeur. Lorsque tu ouvrais la porte de son bureau, la tête partiellement dépiautée et bouffie de sang coagulé du principal s’éjectait automatiquement de son corps inerte pour t’atteindre en plein ventre. Il te fallait, sous peine d’expulsion, remettre en place l’inqualifiable crâne et remonter son ressort ;
  • Etc.

Il est malheureusement trop tard pour te fournir des directives afin de te prémunir contre ces situations traumatisantes. Il ne te reste qu’à orchestrer ta vengeance. Pour ce faire, il te faut : un plan de ton école primaire, l’adresse de tes tortionnaires et de leurs proches, l’androïde à ton effigie (agrémenté d’un système de commande à distance de ton cru), un lance-flamme, et du cyanure en cas d’imprévu. Bon succès.

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Le retour à la maison

Un morceau de jument scotch-tapé à une guitare. C’est la première chose que je remarquai en entrant chez moi. Mon regard se posa ensuite sur la longue joue grise agrafée à mon épouse, poignardée dans le ventre à environ soixante reprises et visiblement décédée – sans doute, pensai-je, à cause des coups de couteau reçus. Je constatai ensuite qu’un microphone vintage incorporé à une gourde translucide avait été installé entre deux boîtes de céréales sur la table du salon. Je me demandai, décontenancé, depuis quand nous possédions des Fruit Loops. J’en conclus qu’elles avaient dû être apportées en même temps que le microphone.

J’enlevai mon manteau, mais décidai de garder mes souliers par fantaisie. J’enjambai mon épouse, légèrement irrité, et me dirigeai vers l’espèce de pupitre rose dans lequel j’avais l’habitude de ranger mon chapeau. J’en soulevai le couvercle et découvris, présentée dans la tête défoncée et évidée de ma femme, une scène tout à fait cocasse : deux petites souris empaillées chevauchant un long, long botche. Je pouffai de rire. J’oubliai de ranger mon chapeau ; c’était il y a deux ans et je me rends compte qu’il est toujours dans ma main.

Après avoir refermé le pupitre, j’aperçus à ma gauche une réplique miniature de moi-même planant au-dessus d’une version grandeur nature en cristal. C’en était trop. Je pris la décision de contacter les autorités. En quête du téléphone, j’enjambai de nouveau mon épouse. Je remarquai qu’elle avait été décapitée et fis aussitôt le lien avec sa tête, que j’avais vue dans mon pupitre. Je résistai à l’envie de faire des gestes de DJ sur son cou tronçonné.

J’atteignis le téléphone et composai le 9-1-1. À ma grande frayeur, j’entendis une sonnerie à l’étage. La police se trouvait déjà chez moi. Je pris mes jambes  à mon cou pour ne jamais revenir.

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Instructions… troisième partie

Il est hautement probable qu’une agence gouvernementale occulte ait implanté des puces de mémoire, des caméras-son miniatures, un système de géolocalisation microscopique et toute sorte d’autres gadgets derrière tes globes oculaires, sous ta peau ou à la base de ton bulbe rachidien. Des agents anonymes te surveillent et te contrôlent. Pour mettre fin à cette machination, il te suffit d’introduire une petite lame sous ton sternum afin de court-circuiter le tout. La suite de ces instructions se trouve là où l’ouest des chemins pensants divise l’astuce (une fois tes circuits désactivés, le sens de ces mots t’apparaîtra clairement).


Lors d’une fête familiale ou d’un souper entre collègues, tu seras peut-être incité à mordre quelqu’un par jeu. Dès que tu auras mordu l’un ou l’autre des convives, les éclats de rire et les interjections admiratives t’encourageront à battre, poignarder, immoler, défenestrer, décapiter et étrangler tous les autres. Si tu veux que ton hécatombe soit un succès, assure-toi de la ponctuer de feintes, de fausses attaques, afin de créer le suspense. Il te faudra également rivaliser d’imagination, car ton public te huera si tu emploies plus d’une fois le même procédé.


S’il te prend l’envie de t’agrafer les lèvres à un chien malade, ne le fais pas.


Tu es à l’aube de la quarantaine et ton unique zèbre ne te suffit plus ? Aucun problème ! Tu n’as qu’à couper ton animal en deux : chacun des morceaux se régénérera et tu auras enfin un zèbre supplémentaire. Cependant, pour obtenir deux zèbres entiers et fonctionnels, tu dois absolument effectuer une coupe sagittale, c’est-à-dire qu’il te faut trancher le zèbre en deux moitiés gauche et droite parfaitement symétriques ; la régénération, chez les ongulés, s’effectuent toujours comme si un miroir avait été fixé sur les plaies. Les coupes frontales et transversales engendrent donc de ridicules créatures non viables, tandis que les estafilades donnent lieu à des bêtes siamoises.

Bonus : Pour te venger d’un malotru t’ayant offensé, ruine son zèbre personnel en pratiquant de petites incisions sur tout son corps. L’inutilisable fatras de zèbres ainsi généré fera de son propriétaire effronté la risée du village.

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La vie compliquée de Gaétan Trésor, troisième partie

En utilisant maladroitement mon spirographe (mes mains de reptile sont idéales pour grimper aux murs, mais se révèlent de désastreuses saloperies lorsque ma motricité fine est sollicitée), je me suis découpé et morcelé la tête. Celle-ci ressemble désormais à une sphère armillaire. J’ai tenté de me soigner au meilleur de mes connaissances en calfeutrant les crevasses et les interstices avec de la styromousse, mais mon crâne demeure hideux et la douleur est des plus vives. Je préfèrerais ne pas m’étendre sur le sujet…


Une couleuvre m’a élevé comme son propre fils. J’ondule beaucoup et n’ai jamais utilisé mes bras.


Je m’automutile sur une base quotidienne. Je me grafigne les coudes, me cisaille les omoplates, me slashe les cuisses, me dépiaute le tour des tétines, me taillade les plantes, m’érafle les paumes, m’écorche le cul, me lacère les bras. Etcétéra. Aucun tourment, aucune idée noire ne m’y poussent ; j’aime simplement déguster mes savoureuses gales, me téter les escarres, infuser mes croûtes et les boire bien chaudes en regardant la télévision.


Après quelques mois d’hésitation, je me suis finalement fait remplacer le nez par un revolver. Il me va bien, mais je dois faire très attention : mes allergies saisonnières ont fait dix-huit morts et trois blessés.


La nuit dernière, une femme m’a fait l’amour. Ses supérieurs ne seront pas contents : j’étais couché dans un tiroir de la morgue.

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La vie compliquée de Gaétan Trésor, deuxième partie

Ma vue est perçante, sans précédent, inégalable, et mon champ de vision, soumis aux lois de la gravité, épouse la courbe du globe. Je regarde droit devant et je me vois, de dos. Je fais rapidement volte-face et, pendant un huitième de seconde, j’aperçois mon visage – mon ancien visage. Mon spectre fait rapidement volte-face et, pendant un huitième de seconde, aperçoit son ancien visage… Et ainsi de suite. L’un après l’autre, d’innombrables fantômes identiques à moi se font brièvement face, puis pivotent sur leurs talons. À l’infini. Il m’est impossible de savoir si je suis l’initiateur du mouvement, ou si je ne suis qu’un fantôme de plus.


Je suis si grand que je dois sauter pour toucher ma tête.


Hier, un homme avec des moustaches dessinées s’est introduit dans ma demeure pour boire tout mon lait. Les chats devront dorénavant me présenter leur carte d’identité avant d’entrer chez moi.


– Je me mords la langue.
– Quoi ?
– Je me mords la mangue.
– Pardon ?
– Je me mords la manche.
– Vous dites ?
– Je me mords l’amande.
Nous nous sommes quittés au moment où je me mordais l’enfant roi.


Mon épouse est sujette à des accès de folie meurtrière. Par amour pour elle, je me fais le devoir d’éliminer toute trace de ses victimes. Il me faut toutefois trouver un meilleur procédé, et ce, incessamment; les dépouilles s’accumulent et il y a des limites à ce que je peux ingérer en une journée.

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La vie compliquée de Gaétan Trésor, première partie

Les hôpitaux que j’ai fait construire à Shanghai ne remplissent pas leurs fonctions. À mon insu, et ce pendant trente ans, tous les Chinois qui ont voulu y recevoir des soins ont été euthanasiés. On a gardé leurs vêtements pour en faire des draps et des marionnettes.


J’ai envie de passer ma langue sur les cils d’un chien. Non, non… franchement… je ne peux pas faire ça…


Je n’ai qu’un seul cheveu. Son diamètre est de dix-huit centimètres.


En Océanie, il est formellement interdit de poignarder un homme dans la mâchoire. J’ai connu un Australien qui, par prudence, prétendait avoir réduit son corps à sa mâchoire seule.


Les sourcils de la femme assise face à moi sont verticaux et lui barrent les yeux.


On m’a emprisonné après que j’ai désossé une famille entière. Causes : mes tarifs étaient frauduleux et j’ai disposé les squelettes d’une façon obscène.


Mon estomac est rempli d’une sauce élastique noire qu’il produit sans pouvoir l’évacuer naturellement. Lorsque je m’éventre, la sauce s’écoule lentement, de façon arachnéenne, et des oiseaux de plasma en émergent pour disparaître aussitôt.¹


Je triperais si j’avais un gun à la place du cœur. Un gun à la place du nez.


Mes jambes me font passablement mal depuis que j’ai entrepris d’en élargir progressivement chacun des pores grâce à l’insertion d’objets de plus en plus gros. Des huitièmes de grains de sucre aux lentilles de télescopes, la douleur n’a fait que s’intensifier. Je songe à abandonner le projet.


¹ Note de Gaétan Trésor à lui-même : pratiquer des incisions quadrangulaires autour de mes mamelons favorise la circulation du fluide goudronneux, de la même manière qu’il faut percer la conserve de sirop d’érable en deux endroits pour obtenir un versage optimal.

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Instructions…, deuxième partie

Lorsque minuit sonne, chante les onze premiers coups avec l’horloge, mais reste muet lors du dernier. Tu percevras une pointe d’hésitation dans la voix de l’appareil.


Avant d’établir pour la première fois un contact avec un individu, ramène toujours tes cheveux vers l’avant avec de la cire. Si l’autre n’a pas fait de même, tu auras le droit, par convention, de le coiffer à ta guise. Dans l’éventualité que, pour une raison X, tu aies oublié ou négligé de te peigner selon le code, et à supposer que l’autre personnage, lui, n’y ait pas manqué, tu seras contraint de laisser cet étranger dominer ta crinière selon sa fantaisie.¹


Sans doute as-tu déjà remarqué, à l’entrée des grandes villes, à l’abri ou tout près de grands arcs métallisés, des groupes d’individus casqués de longs bocaux opaques leur recouvrant la tête entièrement. Ces casques, hermétiques et incassables, sont remplis de chiens de la taille d’une mouche. Porter cela pendant cinq jours et cinq nuits est un rite de passage obligatoire. Ne t’y soustrais jamais, sous peine d’étranglement.


Un poisson long de vingt mètres croisera tôt ou tard ton chemin. Demain, lors du prochain siècle, aux abords d’un salon de billard ou dans les dédales éclairés au néon d’une ville imaginaire. Il aura en sa possession, dans l’une des mille poches de son imperméable enfilé à l’envers pour conserver l’eau sur sa peau, un flacon contenant de la poudre de trèfle. Dérobe-le-lui : cela vaudra un jour très cher.


Au lendemain de la révolution industrielle, chacun devra choisir son camp : les humains ou les cyborgs. Les robots nécessitent un entretien minimal et ne souffrent d’aucune façon, tandis que les hommes sont cassants et pourrissables. Il sera donc contre-indiqué de ne pas te reconvertir.


¹ Il est évidemment interdit aux chauves de faire de nouvelles rencontres.

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Instructions à l’usage des moyennes personnes, première partie

Si tu rencontres dans la rue un homme en tout point identique à un loup debout, voici ce que tu dois faire : cligne des yeux à répétition, très rapidement, de sorte que l’individu t’apparaisse aussi flou, indéfini que possible, et, ce faisant, poursuis ta route en sifflant, les mains dans les poches, en pensant à ta jeunesse (facultatif). S’il est trop tard, que ta dextre comme ta senestre sont demeurées à l’air libre, que tu as omis de siffler, de battre des paupières et de continuer à marcher, mets-toi sur tes gardes; immanquablement, l’homme-loup tentera de t’abattre à bout portant de plusieurs cartes à jouer dans la gorge. Et tu tiens à ce que cela ne se produise pas.


À supposer que, très grand, tu réussisses à toucher le ciel, ne le fais jamais en présence de témoins. Si quelque badaud assiste à ton prodige, tu devras, jusqu’à ton dernier souffle, en faire la démonstration.


Un jour ou l’autre, un homme s’introduira chez toi. Il ne dira rien, et tu devras également te taire. Sans cérémonie, il te fera cadeau de ses mains; accepte cette offrande sans broncher. Une fois l’homme parti, tu devras remplacer tes propres mains par celles nouvellement acquises – tes anciennes mains disparaîtront progressivement, telle une dune soufflée par le vent. Les us et coutumes de notre pays voudraient qu’à ton tour tu te présentes chez quelqu’un, choisi au hasard en crachant sur un globe terrestre en mouvement, et que tu lui fasses don de tes plus récentes mains. À moins de souhaiter être infirme, évite de poursuivre la tradition.


S’il t’arrive de rencontrer une femme-serpent, que ce soit dans une ruelle ou dans un rêve, ne la laisse jamais te mordre. La morsure de cette créature est fatale, cette dernière n’ayant de la femme que la bouche.


En ville, un soir d’été, au crépuscule, ne sois pas effrayé s’il te semble que des morceaux de rue se détachent du sol pour prendre leur envol. Profite pleinement de ce spectacle, n’en rate aucune seconde : les légendaires abeilles d’asphalte ne se montrent que rarement.

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